
Plusieurs photos de la même installation artistique circulent sur les réseaux. Les angles sont différents, on zoom, on s’éloigne mais il s’agit bien de la même installation. La silhouette d’un homme, puis celle de deux enfants recouvert par une couverture de survie. Les trois personnes portent des gilets de sauvetages, l’adulte tient dans sa main un passeport. En se rapprochant, on remarque qu’ils ne possèdent pas de visage, juste un miroir qui reflète la personne qui contemple l’installation.
Retrouver l’artiste derrière cette dernière ne fut pas facile, l’oeuvre n’étant pas signée. Les touristes postent cependant une adresse à Rome. L’oeuvre fait le tour de la toile, les français et européens appréciant un peu plus l’idée puisqu’il semblerait s’agir de notre quotidien depuis quelques années, il y a donc une dimension d’identification.
Quelques semaines plus tard un site italien écrit sur la statut. L’auteur est révélé, il s’agit de Marco Canz, un italien lui aussi.
Le passage d’un média à un autre a permis l’identification de l’artiste ainsi que des informations supplémentaires sur lui mais aussi sur l’oeuvre ci dessus. En se plongeant dans son univers, le message devient plus évident. On peut donc se demander quel rapport cette image entretient-elle avec la réalité?
En s’entretenant avec l’artiste italien Marco Canz, il exprime une position dans ses travaux. Il ne s‘inquiète pas de voir son installation reprise par les journaux ou sur des médias, pour lui « partager des messages positifs n’a pas de droit d’auteur ». Il trouve du réconfort dans l’idée que ses oeuvres, souvent disposées dans les rues de Rome, interpelleront peut-être quelqu’un. En tant que père, il se dit sensible au sort des réfugié(e)s qui chaque jour essayent de rejoindre l’Italie. L’empathie anime son installation, c’est pourquoi on retrouve un miroir à la place des visages des réfugié(e)s. On se regarde, et de cela découlent de nombreuses interprétations. On retrouve l’idée que nous pouvons nous retrouver à leur place à tout moment, ce qui nous aide à nous rapprocher mais aussi que nous sommes responsables si nous détournons le regard à la réalité qui nous entoure. Notre reflet doit être une prise de conscience.
La rue a elle aussi plusieurs fonctions. Les réfugié(e)s s’y retrouvent après leur arrivée, ne pouvant s’installer dans les pays où ils se trouvent. C’est le coté réaliste de l’oeuvre mais on comprend aussi que derrière cela, l’idée que des gens peuvent exprimer leur interprétation, échanger, partager est la deuxième raison pourquoi cette installation est dans la rue. Marco Canz récolte les témoignages en discutant avec les touristes et les habitants. La rue encourage le dialogue entre personnes.
Enfin, cette oeuvre peut être vu comme un clin d’oeil à Alan Kurdi, l’enfant syrien découvert mort sur une plage turque en 2015. La traversée est dangereuse, en ajoutant deux silhouettes enfantines, on rappelle aux passants que ceci est la réalité de nombreux enfants, si ils réussissent à traverser la Méditerranée. Le besoin de transmettre et faire ressentir des émotions dans l’art est important, on retrouve le même besoin ici pour sensibiliser, si ce n’est qu’il n’est plus fort puisqu’on veut aussi pousser à l’engament.